Sous nos pieds, l’eau s’infiltre et circule lentement à travers les différentes couches rocheuses du sol. Elle forme des réservoirs plus ou moins étendus appelés nappes phréatiques ou d’accompagnement. En raison de leur contact direct avec la terre, la présence d’eau et d’humidité est assez fréquente dans l’ensemble des ouvrages souterrains (sous-sol, cave, parkings). Cette situation est particulièrement complexe à gérer pour les propriétaires victimes de ces inondations par remontée de nappes.
Traiter efficacement cette problématique exige de pouvoir intervenir de façon structurelle sur les habitations et immeubles, ce qui implique des travaux relativement lourds et couteux. Par ailleurs, le pompage et le rejet de ces eaux sont réglementés par la Police de l’eau et le gestionnaire du réseau d’assainissement, en l’occurrence le SIARE.
Sur les communes de notre Syndicat comme partout en France, le développement urbain et le contexte hydrogéologique impactent fortement les sols et par extension la circulation des eaux souterraines. Appréhender ce sujet nécessite donc l’avis de spécialistes connaissant le territoire.
La région d’Enghien-les-Bains, un territoire d’eaux et de sources
De par sa géologie, le territoire du SIARE dispose de nombreuses ressources en eau. Si les terrains sableux et calcaires de notre zone géographique, du fait de leur porosité et de leur perméabilité, favorisent l’apparition de couches aquifères (nappes) ; certains reliefs, comme sur la butte de Montmorency ou de Cormeilles, recoupent ces couches sous forme de sources. Ces dernières dévalent alors les coteaux et alimentent les cours d’eau jusqu’au fond des vallées.
Si aujourd’hui ces eaux souterraines peuvent représenter un risque, elles restent, malgré tout, une ressource précieuse au quotidien. Auparavant, elles étaient utilisées pour alimenter les ouvrages hydrauliques présents dans les communes. Les sources qui se trouvent sur les coteaux de la butte de Montmorency étaient aménagées pour que chaque localité possède sa fontaine, son lavoir, son abreuvoir pour les troupeaux…
De nos jours, nous retrouvons encore des ouvrages de ce type sur l’ensemble du territoire. Leur présence témoigne de l’important patrimoine de l’eau existant.
Désormais, ces eaux sont considérées comme non potables. Leur utilisation alternative (nettoyage des voiries, arrosage des espaces verts, etc.) est soumise à de nombreuses réglementations notamment sanitaire et leur valorisation est techniquement complexe car les débits sont mal connus.
Toutefois, plusieurs communes cherchent à mettre en valeur ce patrimoine (tourisme, jardins partagés, aménagements, etc.) L’un des exemples les plus représentatif est la cure thermale d’Enghien-les-Bains, premier centre thermal d’Ile-de-France. L’eau des thermes possède notamment des propriétés antibactériennes, anti-inflammatoires, immunostimulantes et antiallergiques. Elle agit également sur l’ensemble des muqueuses respiratoires.
Quand les eaux souterraines refont surface…
Malheureusement, certaines habitations et installations ont été construites sur des terrains en présence de nappes ou de sources souterraines à seulement quelques mètres sous la surface.
C’est pourquoi il est possible de retrouver des systèmes de pompage ou de drainage permanents dont l’objectif est de protéger le bâtit, de mettre à sec des caves ou des installations enterrées (réseau de chauffage, locaux techniques, parkings, etc.) en évacuant les eaux de nappes et de sources vers les réseaux d’assainissement.
Ces rejets posent problème car en plus de gâcher une ressource précieuse, ils occupent et saturent les réseaux en période de fortes précipitations, ce qui participe aux risques d’inondation. Ils charrient aussi des particules qui se déposent dans les canalisations. En effet, les eaux de nappes et de sources sont en contact avec le sol dans lequel elles stagnent et circulent. Ces eaux extrêmement chargées emmagasinent des sédiments et des résidus (boue, sable) qui peuvent former des dépôts importants.
Que faire si vous êtes concernés ?
Vous rejetez des eaux de nappe en continu ? Dans ce cas vous êtes dans l’obligation de mettre en conformité votre habitation (à la charge du propriétaire ou du syndicat de copropriété).
Un premier diagnostic de conformité est à réaliser pour vérifier que votre système d’évacuation répond aux exigences du règlement d’assainissement. Si votre habitation est non conforme, des préconisations de travaux vous seront aussi indiquées sur ce même certificat pour vous mettre en conformité.
Réussir à maîtriser les eaux de nappe n’est pas une mince affaire car chaque situation est différente. Une gestion à la parcelle peut vous être préconisée lorsqu’il s’agit d’eaux non contaminées (par des eaux usées ou subissant des traitements chimiques). Dans ce cas, elles sont drainées et transitent via un puisard pour infiltration. Le surplus peut être utilisé pour l’arrosage notamment.
Anticiper pour mieux se protéger
Pour se prémunir du phénomène de remontée de nappe, certaines précautions peuvent être mises en œuvre afin de réduire les dégâts dans les zones sensibles. Ainsi, les caves et ouvrages enterrés doivent intégrer des systèmes passifs de protection qui suivent les 3 grands principes suivants :
- L’étanchéité
la réalisation d’un cuvelage étanche ou la pose d’une membrane imperméable en sous-sol, permet d’isoler les ouvrages souterrains de la présence en eau. - La circulation de l’eau
l’accumulation de l’eau représente un risque de dégradation, d’infiltration, ou de déséquilibre de l’écoulement pour le milieu. Les système de drainages passifs permettent la circulation des nappes autour et sous l’ouvrage afin de limiter les éventuels effets barrages. - La ventilation
l’arrivée d’air humide ou chaud en sous-sol favorise la condensation sur les parois d’un ouvrage enterré froid et donc le développement de trace d’humidité ou de moisissures. Il est essentiel de bien ventiler les espaces en sous-sol.
Néanmoins ces techniques restent structurelles et doivent être prises en compte dès la construction d’un bâtiment ou d’une installation. Leur mise en place représente des coûts importants pour les propriétaires. Par ailleurs, un entretien régulier est nécessaire pour garantir leur efficacité.
Valoriser les eaux de nappe : un exemple d’innovation à plus grande échelle
Dans le XVème arrondissement de Paris, un poste d’épuisement de la RATP a été retenu comme site pilote de l’expérimentation et mis en service en 2019. Fin 2022, 382 825 m³ d’eaux de nappe ont été injectés dans le réseau d’eau non potable parisien. Eau de Paris a revalorisé la totalité des mètres cubes réinjectés pour arroser les espaces verts et nettoyer la voirie.